Jean Rustin – à corps perdu

“Il me semble que personne ne devrait s’étonner, qu’un peintre puisse passer directement et sans trop de problème, de la non-figuration à des images de corps nus très figuratives, à des études de corps nus, à l’utilisation du corps nus, sans passer par la représentation d’autres images du réel. C’est qu’en effet, les hommes et les femmes nus ne se rencontrent pratiquement jamais dans la vie habituelle – sauf en quelques situations remarquables liées à l’amour, à la maladie, à la solitude, à la folie, à la mort – et cette énumération suffit à donner toute sa force au concept de corps nu. L’image que chacun de nous a du corps nu – le sien ou celui de l’autre – est une image intime, variable, malléable, une création de l’esprit et du désir, un concept presque abstrait, (tellement il est chargé d’affectivité) propre à chacun de nous. Bien sûr, chacun choisit – ou ne choisit pas l’image qu’il souhaite donner de lui-même et du monde. Pour moi le corps mis en scène, théâtralisé par l’espace vide et clos du tableau, est l’image qui me permet d’exprimer avec violence et de la façon la plus directe, les sentiments et les désirs conscients et inconscients qui m’habitent et que je ne saurais traduire autrement que par ces images. Images que je laisse à d’autres le soin d’interpréter entre l’érotisme, l’obscène, la pornographie, mais aussi la tendresse, la pitié et le sacré. Ces corps que je peins, je les caresse et je les travaille, jusqu’au moment où je suis fasciné moi-même par leur présence sur la toile, présence que toute la beauté de la peinture doit concourir à porter à son maximum d’efficacité. Et j’ai conscience qu’il y a derrière ma démarche d’aujourd’hui, derrière cette fascination du corps nu, vingt siècles – et bien plus – de peinture, surtout religieuse. Vingt siècles de Christs morts, de martyrs torturés, de révolutions sanglantes, de massacres, de rêves brisés, et que c’est bien dans le corps, dans la chair que finalement s’écrit l’histoire des hommes et peut-être même l’histoire de l’art”.
Jean Rustin

CRITIQUE
“Jean RUSTIN est l’un des principaux représentants de la peinture figurative française. Il sait mettre en scène la tragédie humaine; le miroir de nos corps vieillissants, oubliés, rejetés, “désaimés”. Jean Rustin nous interpelle avec violence, tendresse. C’est un peintre courageux qui nous guide, nous apprend à regarder ceux que nous ne voulons pas voir. Les oeuvres de Jean Rustin dénoncent la fragilité de la condition humaine et nous rappellent l’existence de l’exclusion d’anonymes, enfermés dans leur souffrance, dans leur silence, dans leurs différences. Tels les anonymes combattants de la Commune de Paris, les hommes et les femmes peints par Jean Rustin évoquent combien les utopies broient ceux qui les conçoivent, combien elles demandent des sacrifices. Parce qu’il tend des miroirs en direction des laissés pour compte, parce qu’il nous incite à réparer nos oublis, Jean Rustin est un grand peintre d’histoire”.
Claudine Boni-Teucquam
Commissaire d’exposition, critique

CRITIQUE
Le négatif du monde
“Pourquoi faut-il que ces peintures de Rustin fassent penser à Artaud ? Ville-Evrard, Rodez, les lits aux montants de métal, leurs sangles, les murs gris: impossible de se défaire de ces références. Les internés, assis, debout, ont leurs blouses bleues ou brunes, dont certains se débarrassent dans un accès d’exhibitionnisme sans espoir, désir de désir qui ne peut en rencontrer, qui ne peut en susciter aucun.
Pauvres provocations. Ils ont le visage brouillé par l’excès d’expression, par des grimaces, par le trouble de leurs pensées et de leurs sentiments, par une angoisse peut-être. Ils regardent devant eux, mais on ne saurait assurer qu’ils voient le monde. Du reste que verraient-ils ? Les cellules, les cours, les gardiens. Il suffit d’être entré une seule fois dans un asile pour savoir que, dans ces lieux, la vérité négative de notre monde est à nu.
Contre le mouvement permanent et son éloge quotidien, l’immobilité. Contre la production et son culte, l’inaction recherchée ou subie. Contre la langue commune, le mutisme ou des langages inventés – charabiés selon le mot d’Artaud.
De cette négation, les sociétés s’arrangent comme elles peuvent, en prétendant soigner, en enfermant le plus souvent, en éliminant dans le pire des cas. Dans les périodes soutenues par une foi ou une raison collectives, elles oublient assez bien leurs fous. Dans les temps de doute et d’inquiétude, il leur est plus difficile de faire comme s’ils n’existaient pas. Depuis à peu près un siècle, la civilisation occidentale est dans cette situation. Il serait à peine excessif de suggérer qu’elle vit avec, plus ou moins enfouie sous la surface, l’obsession de la folie, parce que celle-ci – et peu importe par quelle pathologie elle est définie- dément tout ce que les bonnes paroles officielles, les pieux discours et les morales officielles promettent ou exigent de chacun. Prinzhorn, Freud, Binswanger, Foucault, Deleuze.
Cette obsession habite l’art comme tous les autres « secteurs d’activité » – terminologie d’époque. La distinction rassurante entre l’art des « fous » et celui des artistes qui seraient sains d’esprit a perdu toute efficacité depuis qu’il est avéré qu’il y a plus à apprendre du premier que du second. Mais, pour Rustin, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il n’est pas du côté de l’art « brut » ou asilaire, de Soutter ou de Wölfli. Sa maîtrise de la peinture comme instrument est complète et telle qu’elle en devient transparente.
Essayons d’une image : la peinture est pour lui comme un liquide invisible, tel que, plongées en lui, les états nerveux et mentaux deviennent aussitôt visibles, comme un papier impressionné plongé dans le révélateur. Comme cette opération est-elle possible, comment cette visualisation s’accomplit-elle, on doit s’avouer incapable de l’expliquer suffisamment.
Mais les peintures sont là, d’un coup, immédiates, pressantes. Impitoyables et irréfutables. Le négatif du monde se montre au grand jour.
Combien y a-t-il d’œuvres, aujourd’hui, dont on puisse en dire autant ?”

LA FONDATION
La Fondation Rustin a été créée il y a un dizaine d’années par un groupe de collectionneurs ayant acquis une part importante des oeuvres du peintre. Elle souhaite faire connaître son œuvre à un public plus large.
Co-dirigée depuis 2002 par Maurice Verbaet et Corinne van Hövell, la Fondation, a aujourd’hui son siège au sein du MAC (Modern Art Center) situé à Berchem-Anvers, en Belgique dans une ancienne salle paroissiale érigée en 1937 et récemment aménagée en véritable musée privé. Elle détient l’exclusivité mondiale sur l’œuvre et présente régulièrement le travail du peintre.
Centre d’étude et de documentation destiné à l’information de tous les professionnels et amateurs d’art, la Fondation a pour but de promouvoir l’œuvre de l’artiste de par le monde. Un de ses objectifs est la préparation du catalogue raisonné de Jean Rustin.
En outre, la Fondation organise régulièrement des expositions et coordonne d’autres activités concentrées sur l’œuvre et son développement. Elle co-organise également de nombreux événements en collaboration avec diverses institutions dans le monde, et co-édite la plupart des publications liées au travail de l’artiste.
Au cours de l’année 2003, en accord avec l’artiste et à l’occasion de son 75ème anniversaire, elle crée l’association « Les Amis de Jean Rustin », dont tout à chacun peut devenir membre.
FONDATEURS : Maurice Verbaet & Corinne van Hövell Assistant : Georges Elens Direction parisienne : Charlotte Waligora
LA FONDATION RUSTIN A OUVERT SES PORTES LE 9 FEVRIER 2007 A PARIS AU COEUR DU 7e ARRONDISSEMENT
FONDATION RUSTIN
38, boulevard Raspail
75007 PARIS
Tel : 0033 (0)1 42 84 46 35 – 0033 (0)6 81 59 97 03
Ouvert du jeudi au samedi de 15h à 19h et sur rendez-vous
Contact : info@rustin.eu
SUR INTERNET
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